MÉTÉO

CONDITIONS FAVORABLES

       Plus je pêche les Bars, plus je m'aperçois que cette pêche dépend avant tout du milieu local, et d'un milieu local fort limité. Telles observations, d'une importance capitale en tel lieu, seront absolument sans valeur 20 kilomètres plus loin.

Il devient donc particulièrement délicat d'énoncer des conditions favorables à la capture des Bars, attendu qu'il est une infinité de conditions et que si certaines se trouvent confirmées en certains points du littoral français, d'autres, par contre, seront absolument sans valeur.

 

    J'ai suffisamment fréquenté de pêcheurs dans ma vie pour avoir constaté que chacun ne juge que d'après les résultats tangibles obtenus sur les seuls postes régulièrement parcourus et vouloir leur faire admettre des lois d'ensemble devient plus que difficile.

Si, par exemple, nous invoquons la valeur inestimable de l'appât parfait, exact, du jour, de l'heure, affirmer aux pêcheurs de loups de Carnon, en Languedoc, que la sardine est, parmi les esches, l'une des plus efficaces qui soit, provoquera l'hilarité générale. Et ils auront raison de rire car une sardine morte, inerte sur le fond, ne déclenchera en ce lieu qu'accidentellement la touche désirée.

Cependant, si la petite sardelle est accrochée vivante à l'hameçon, déjà de jolis loups se laisseront tenter.

 

   Si, par exemple encore, nous faisons allusion aux moments bénis pour passer à l'action, vouloir aussi faire admettre à ces mêmes pêcheurs qu'il est possible, le soir, par temps clair de réaliser de beaux paniers de jolis loups au moyen d'escavènes, c'est voir immédiatement se tourner vers vous des physionomies sceptiques, pour ne pas dire gouailleuses, attendant des preuves à l'appui.

 

    Des preuves ? Mais tous les vieux de Carnon (j'entends par vieux ceux d'avant guerre et cette précision voulue ne risque de blesser personne) se rappellent ces magistrales corrections infligées aux loups du bassin, dans les remous des portes, par un certain Maurice.

Il était encore jeune alors et bien des vieux ne " digéraient " pas facilement pareil succès. Mais ils étaient tous mes amis, étaient tous sincères, le sont, j'en suis sûr, encore et tous ceux qui demeurent (il en est tant de partis) pourraient témoigner que mes plus belles pêches d'alors ont toutes été réalisées par temps clair. Mais je pratiquais déjà l'ultra-léger rivière en mer sur Kostos 000 ou 0000 et ces crins japonais me récompensaient bien de la fidélité que je leur témoignais.

Je n'avais rien inventé d'ailleurs. J'avais seulement affiné encore la méthode d'un certain cantinier du 81e d'infanterie (il me semble) fin pêcheur de truites bien connu à l'époque et qui avait su par sa technique retenir toute mon attention intéressée.

 Qui sait quel virus m'a mordu sur ces portes de Carnon ? Et pourtant je pensais à bien d'autres choses en ce temps-là... Et tous ces pauvres vieux pêcheurs, toujours mes amis, pliaient boutique vers dix heures lorsqu'ils voyaient ma bande de jeunes s'emparer du canal pour des plongeons éclectiques tout autant que pour des "penchas" retentissantes.

   Chers bons amis, je ne croyais pas vous faire tant de mal en agissant ainsi. Vous obliger à abandonner un si beau canal, tellement vif en loups. Ne m'en veuillez pas, ceux qui lirez encore ceci. Je ne pouvais pas comprendre. Mais je ne vous ai pas oubliés. C'est à mon tour désormais de plier boutique lorsque je vois la jeunesse de Carnon poindre à l'horizon. Et il faut que " ça morde " vraiment pour que je me mette à 1'... enguirlander, cette sacrée jeunesse.

    Mes records d'alors..., mais les amateurs de nos jours ne voudraient pas y croire! Parmi toutes les réussites, je me souviens d'un certain vendredi de début de juillet où je pris vingt-huit loups entre chien et loup. Le lendemain trente-trois, à ne savoir qu'en faire une fois tous les voisins servis. Et soixante cannes m'entouraient et ne prenaient rien. Mon secret ? Mais je n'avais pas de secret, je pêchais à 20 centimètres du fond tandis que tous s'entêtaient sur le fond même.

Pas bien malin en somme, mais il fallait y penser. Cette confession faite, me voilà débarrassé d'un gros poids. Il y a si longtemps qu'il me pesait.

        Les notes ci-dessus sont extraites :

  • LES BARS, Pêche modernes et traditionnelles
  • Par Maurice CAUSSEL
  • Éditions du Gué l'Épine, Collection Patrimoine
 

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